Réponse: Courte Echelle N°2

Des Lacunes cérébrales hétérogènes, asymétriques et tardives  ?

 

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Oueslati Boujemaa, Tunis

Non, Non, je ne vais pas donner la solution mais je vais être simplement le dernier  à répondre comme vous l'avez parfois généreusement et correctement fait. Merci .

"Et soudain, je ne retrouve plus mon cerveau" reflétait bien mes difficultés et  mes "lacunes" mais apparemment pas tout à fait celles du fœtus qui malgré toutes ses "lacunes" cérébrales est encore vivant (cet article a été rédigé en Mars 1999 à environ 1 an de vie)... Avec un pronostic fâcheux certes, mais…. !!!

Voici l'histoire et puis je commente :

C'était une Primigeste de 24ans, sans consanguinité et sans antécédents ni  familiaux ni gynécologiques mais tiens!, je  me ne me rappelle avoir dit médicaux et chirurgicaux.

En effet, elle était porteuse de valve cardiaque aortique et donc sous anticoagulants depuis son intervention chirurgicale à cœur ouvert en 1996: en l'occurrence sous AVK: sintrom. Dès la 6ème SA, son cardiologue l'avait mise sous Héparine de faible poids moléculaire: Fraxiparine: 0,6 deux fois par jour jusqu'à la fin du 1er trimestre, relayée par la suite et à partir de la 16ème par son AVK: sintrom à raison de 1 cp /j. avec surveillance régulière par TP et INR. Et la suite vous la connaissez.

La 1ère hypothèse, si on est uniciste, est de lier ces cavités de type "porencéphalique" aux anticoagulants oraux qui, à l'inverse des héparines, traversent la barrière placentaire et sont connus par leur fœtopathie surtout hémorragique au 2ème trimestre. Donc, ces lésions seraient des pertes de substance corticales, bilatérales à des stades évolutifs différents, puisque asymétriques les unes d'un côté sont tout à fait trans-sonores donc liquidiennes, les autres sont encore hypoéchogènes, non encore totalement liquéfiées, plutôt finement cloisonnées ( rappelant les cloisons de fibrine donc hémorragiques?).

Leur topographie pariéto - occipitale, bien que pas tout à fait systématisée , respecte la ligne médiane (les thalami, les pédoncules, le septum du cavum lucidum, le corps calleux), la fosse postérieure (le cervelet, le vermis médian) et rappelle vaguement une correspondance vasculaire respectant le territoire irrigué par le tronc vertébro - basilaire? Les ventricules latéraux sont très légèrement dilatées probablement passivement par atrophie cérébrale ou peut être par simple compression. le DIO est normal

mais le BIP est légèrement augmenté en rapport possible avec ces lésions légèrement "expansives" au départ donc peut être hémorragiques? Le sexe féminin n'a rien à voir dans cette histoire mais simplement pour égarer certains  amis "voleurs de cerises" par pure méchanceté J.

Bref, après un 2ème avis  ,

et après de longues discussions, les parents bien informés de ces lacunes et malgré nos grosses lacunes, ont opté  et insisté pour l'interruption médicale eugénique de la grossesse. La loi dans mon pays autorise l'IMG demandée par les parents, après une bonne information, pour anomalie fœtale majeure incompatible avec la vie ou très handicapante ou pour pathologie associée risquant de compromettre la vie ou le pronostic maternel et ceci quel que soit le terme. Parenthèse fermée, Surprise, l'enfant survit; elle est actuellement prise en charge par ses parents.

Une 1ère échographie post natale :

montre les mêmes lésions avec toujours cet aspect polymorphe: cavité  de type "porencéphalique" d'un côté, cavités multikystiques avec de fines cloisons disparates , des ventricules latéraux collabés non reconnaissables qu'aux plexus choroides, un V3 légèrement dilaté, absence de giration corticale et un corps calleux légèrement augmenté.*

Le Doppler,  a simplement parlé de "forte résistance avec un index qui varie entre 0,75 et 0,83 et un flux diastolique présent"

Une 2ème échographie trans-fontanellaire

 a confirmé ces lésions devenues alors toutes anéchogènes cloisonnées à même topographie. 

Une IRM (voir image 1 et 2 )

 que les radio-pédiatres avaient refusé en anté-natal  pour problème de valve

 ( bien que ce soit discutable), a montré des lésions "porencéphaliques" bilatérales, temporo-occipitales avec toujours une légère dilatation des ventricules latéraux . Les lobes frontaux, les éléments de la ligne médiane et la fosse postérieure sont respectés. Le pronostic psychomoteur est certes fâcheux.  

Là, la discussion reste ouverte sur plusieurs niveaux: 

1-Diagnostique:

*Encéphalomalacie multikystque par ramollissements cérébraux en rapport évident?? mais toujours discuté avec les anticoagulants: AVK.

En faveur: le contexte thérapeutique, l'aspect inégal sur le plan échostructures des  lésions : l'encéphalomalacie multikystique va évoluer vers la porencéphalie 2aire étendue puis peut être vers l'hydranencéphalie. Mais il paraît que sur l'IRM tardive 3 mois après la naissance, les lobes frontaux restent toujours épargnés.

Le fait de soustraire l'enfant et donc son cerveau à l'action exogène, fœtopathe de l'anticoagulant n'aurait pas stoppé les nouveaux recrutements de ramollissements cérébraux. Les lésions déjà entamées continueront évidemment leur sort fâcheux vers la cavitation multiple. 

*Un accident vasculaire cérébral fœtal : par hémorragie

En faveur toujours le contexte thérapeutique (les AVK sont connus par leur fœtopathie hémorragique, les cloisons de fibrine , la systématisation  épargnant le territoire du tronc basilaire .

Contre:- la majorité des publications ou presque parlent des accidents  hémorragiques intra ventriculaires donnant une hydrocéphalie: ce qui n'est pas le cas dans notre observation. Bien que d'autres rapportent des hémorragies parenchymateuses ou périventriculaires

           - L'aspect inégal et asymétrique des lésions

*Une porencéphalie 1aire: malformative: oui, mais…

En faveur: les données de l'IRM, le "trou" complètement trans-sonore même à l'échographie anténatale

Contre: son apparition est plus précoce que 26 SA, les lésions ne sont pas au même stade évolutifs, l'aspect de la porencéphalie est habituellement différent : des "trous" francs bien limités sans fines cloisons; le contexte: il est difficile de ne pas faire le rapport avec l'anticoagulant.

*Une schizencéphalie: oui aussi, mais…

En faveur: c'est effectivement des fentes cérébrales, bilatérales, presque médianes, profondes

Contre: les fentes sont plus larges que dans les schizencéphalies, plus étendues en arrières, ne divisent pas tout à fait l'hémisphère et ne sont surtout pas symétriques . La schizencéphalie est aussi plus précoce et parfois familiale. L'origine vasculaire est plus précoce: elle résulte d'un défaut de perfusion cérébrale à une période critique de la migration neuronale vers les 7 -

8ème semaines. Les schizencéphalies s'accompagnent souvent d'anomalies de la ligne médiane: anomalies du corps calleux et du septum pellucidum  et de pplymycrogyrie (diagnostic différentiel dans notre cas où tous les éléments de la ligne médiane ne sont ni touchés ni même déviés, absence de giration)

 2- Etiologiques:

*vasculaire:

ü     soit par accident vasculaire cérébral hémorragique: hypocoagulabilité fœtale (hypocoagulabilité nécessaire plus qu'ailleurs chez la mère par crainte du risque thrombogène de la valve) ou par atteinte des facteurs de l'hémostase fœtale

ü     soit par ischémie cérébrale :

Ø     occlusion cérébrale malformative: mais les lésions seraient plus précoce, plus systématisées et plus symétriques surtout dans le stade évolutif.

Et puis, il est difficile de concevoir des occlusions vasculaires sous anticoagulants

Ø      hypoperfusion cérébrale chronique par hypocoagulation excessive due à l'action anticoagulante : ce qui entraînerait une nécrose cérébrale progressive, une destruction à minima du cerveau progressivement remplacé par du liquide LCR par soit une fistule soit un passage par gradient de pression ; le contenu des VL se viderait alors dans les néo cavités: aspect collabé des VL dans l'écho post natale.

Une ischémie cérébrale peut se voir aussi dans les anémies sévères, les pré-eclampsies (mais dans notre, ces 2 facteurs étaient absents).

 *malformative: destruction cérébrale 1aire sans étiologies ni vasculaire ni infectieuse créant des trous cérébraux: mais ils serait plus précoces, plus anéchogènes, moins cloisonnées; ces lésions porencéphaliques ou schizencéphaliques s'accompagneraient plus volontiers d'autres malformations surtout cérébrales: du corps calleux, du septum pellucidum…..

L'aspect dans la schizencéphalie (comme schizophrénies) réalise un sillon donc anéchogène mais profond (du cortex à la ligne médiane), peu large, bilatéral et plus volontiers symétrique: bref, chaque hémisphère est scié en deux. Cet aspect n'est pas le nôtre.

 *infectieuse:

les infections (CMV, toxoplasmose, rubéole, herpès) sont responsables d'une nécrose ischémique soit par atteinte infectieuse du parenchyme soit par intermédiaire de lésions vasculaires (atteinte de petits vaisseaux).

Mais aucune infection n'a pu être mis en évidence: La toxoplasmose et la rubéole: état d'immunisation ancienne dès le début de la grossesse. Le reste bu bilan infectieux (CMV, herpès .. ) était négatif mais après la naissance.

 *métabolique:  tel qu'un désordre de L-2-hydroxyglutaric acidurie. Mais là aussi, il y aurait d'autres lésions cérébrales associées en particulier de la fosse postérieure aussi. (diagnostic différentiel ) 

Pronostic et conduite à tenir:

-         un 2ème avis ( oui, deux avis ont été pris)

-         un Doppler: prénatal: malheureusement non fait: insuffisance importante

-         information des parents: pronostic incertain: mais le plus probable très mauvais

-         accepter l'interruption médicale de la grossesse: et là, je m'attendais au décès néonatal rapide devant la grande prématurité et l'importance des lésions cérébrales: On peut me reprocher évidemment l'absence d'un geste fœticide avant l'expulsion. Cela se discute surtout chez une femme sous anticoagulants (héparine ).

 Le traitement anticoagulant pendant la grossesse chez les femme porteuse de valve cardiaque:

-         Il faut noter dès le départ que vu le risque thrombogène et thromboembolique élevé, le traitement anticoagulant est nécessaire chez les porteuses de valves.

-         Les héparines ne passent pas la barrière placentaire

-         Mais un traitement héparinique au long court est lourd: puisqu'il nécessite une hospitalisation, une seringue électrique ou au moins plusieurs injections par jour, une surveillance lourde (risque hémorragique important chez la mère par thrombopénie, et d'ostéoporose aussi par décalcification du squelette maternel)

-         Les anticoagulants  (AVK) oraux passent la barrière placentaire.

-         Les héparines n'ont aucune action sur le fœtus ou l'embryon

-         Les anticoagulants oraux qui passent la barrière placentaire sont alors contre-indiqués chez la femme enceinte à cause de l'embryopathie (anomalies squelettiques: agénésie des os propres du nez, épiphysite ponctuée, déformations squelettiques,  …)  au 1er trimestre et de la fœtopathie (hémorragie fœtale surtout cérébrale de mauvais pronostic) au 2ème et 3ème trimestre. Beaucoup d'autres anomalies fœtales ( dont surtout la mort fœtale in utéro) leurs sont imputées.

 Il est alors net qu'on est entre le marteau et l'enclume et le feu:

-         la hantise d'une complication thrombogène chez la femme enceinte et porteuse de valve et donc la nécessité du traitement anticoagulant,

-         la lourdeur du protocole thérapeutique par l'héparine au long court (risque de thrombopénie et d'ostéoporose moyennant d'une surveillance lourde: hospitalisation de longue durée) contrastant avec une innocuité fœtale ou presque

-          et les risques d'embryopathie et de fœtopathie des anticoagulants choisis pour leur facilité de maniement et de surveillance à titre externe.

 Le schéma classique,:

1.     héparine au 1er trimestre,

2.     AVK au 2éme et 3ème trimestre

3.     héparine 2 à 3 semaines avant l'accouchement,

ne protège nullement pas le fœtus des complications surtout hémorragiques graves tel que c'est très probablement le cas.

 Il reste l'alternative des héparines à faible poids moléculaires (HFPM) qui ne traversent pas la barrière placentaire (donc non dangereux au fœtus), qui ne nécessitent pas une surveillance lourde (absence du risque de thrombopénie et de décalcification ) apparaissent à 1er abord une solution.

Mais, hélas non!! Elles ne protègent pas non plus totalement la femme porteuse de valves Aortique et surtout mitrale à risque thrombogène très élevé. Certes, elles restent une bonne alternative dans les antécédents de complications veineuses (phlébites, … ). Et c'est pourquoi, la Fraxiparine n'a pas été maintenue dans notre cas pendant toute la grossesse car insuffisante pour protéger efficacement des risques thromboemboliques. 

Le problème du traitement de la femme enceinte porteuse de valve cardiaque reste entièrement posé et attend une solution plus adaptée et moins problématique.  

 Le Commentaire des différentes réponses:

 1-Sans réfléchir, au saut du lit : kyste arachnoïdien.: l'aspect est différent: une volumineuse structure purement kystique qui déplace le ligne médiane et entraîne une hydrocéphalie par compression (or ces 2 élément manquent ici)

2-Il s'agit d'un crâne . il me semble aussi

- Il existe une brachycéphalie : le crâne a une forme arrondie . à cause de la la légère macrocranie.

- Le bip est normal, d'après la table que j'utilise, le BIP est légèrement supérieur au 95ème  le DIO également . oui, et le rapport DIO/BIP (qui est normalement égal à 0,47+ou-0,003 à 22 SA) se trouve ici diminué sans pour autant signifier un hypotélorisme: car ce rapport est diminué ici par l'augmentation du BIP et non par diminution du DIO. Et d'ailleurs, c'est pourquoi cette diminution de ce rapport DIO/BIP n'évoque pas une holoprosencéphalie.

- Les structures médianes habituelles sont en place : l'écho médian n'est

pas refoulé , le septum lucidum est présent , le cervelet est en place et de

taille apparemment normale ; les thalami sont en place , le postérieur

peut-être un peu déplacé vers l'avant , ce qu'il conviendrait de confirmer

par d'autres incidences . On peut donc conclure qu'il n' y a probablement

pas tumeur cérébrale . Par ailleurs , on retient également que les

structures vascularisées par le système vertébrobasilaire semblent intactes

: cervelet , noyaux gris centraux , lobes occipitaux , partie inférieure du

temporal .   Oui

- L'hémisphère postérieur est habité par une grande cavité , qui va des

thalami jusqu'à la calotte crânienne ; cette image anéchogène semble

traversée , sur le cliché oblique , par de fines cloisons évoquant de la

fibrine . A côté de cette image anéchogène, plus en avant et latéralement ,

il existe une large zone hyperéchogène . En coupe frontale un peu oblique

vers l'arrière , on distingue une seconde cavité anéchogène de l'hémisphère

proximal .  Oui

L'ensemble de ces éléments évoque un accident vasculaire cérébral . Oui

L'encéphalomalacie multikystique n'a pas cet aspect symétrique, il n'est pas aussi symétrique que ça et la lésion n'atteint pas le plus souvent la périphérie

Ça , c'est la leukomalacie périventriculaire.

La schizencéphalie semble peu probable; Oui elle est plus précoce , alors que l'échographie de 21sa était ici normale   Oui . Et elle ne présente pas

habituellement cette symétrie ici, l'aspect est plutôt asymétrique . Et puis la schizomalacie peut être ou plutôt est le plus souvent symétrique.