Dépistage de la trisomie 21 

Valeur de l’echographie et des marqueurs sériques ; Approche combinée

MV Senat, P Rozenberg, JP Bernard, Y Ville:  CHI Poissy Saint Germain

Introduction

  La  trisomie 21 est la plus commune des anomalies  chromosomiques: son incidence est de 1,3/1000 naissances (1/770). Celle-ci augmente significativement avec l’âge maternel. Jusqu’en 1990, la seule stratégie de dépistage de la trisomie 21 était de proposer une amniocentèse pour caryotype à toutes les femmes à risque sur le seul critère que représente un âge maternel supérieur ou égal à 38 ans au moment de la conception (risque estimé à terme: 1/200). Cependant, cette stratégie de dépistage est peu performante car 2/3 des enfants porteurs de trisomie 21 naissent de femmes de moins de 35 ans.

C’est pourquoi d’autres stratégies de dépistage ont été développés, et notamment le dépistage par les marqueurs biochimiques dans le sérum maternel qui est le premier à avoir été mis en place. En effet, un certain nombre d’études ont montré que le dosage de marqueurs biochimiques dans le sérum maternel entre 14 et 17 semaines d’aménorrhée pouvait être utile pour identifier des grossesses affectées par la trisomie 21. Le risque lié à l’âge maternel combiné au dosage sérique de la fraction libre de la bhCG (bhCG libre) et de l’ µfœto-protéine (AFP) ou de la bhCG totale, de l’ µfœto-protéine (AFP), et de l’œstriol non conjugué (E3) constituent actuellement les 2 tests de dépistage les plus performants. En modulant le risque initial lié à l’âge maternel par un facteur de risque calculé a partir des déviations de la médiane des marqueurs sériques, on calcule pour chaque femme son risque d’anomalies chromosomiques exprimé en 1/n. En utilisant un seuil de risque de 1/250 ou plus (ce qui représente le risque de trisomie 21 à terme pour une femme de 37 ans), le taux de détection de la trisomie 21 pour ce test utilisant deux paramètres  est de 65% pour un taux de faux-positif de 5% (1).

Parallèlement à cette stratégie de dépistage par les marqueurs sériques, l’échographie du premier trimestre de la grossesse (entre 10 et 14 SA) s’est imposée comme un test de dépistage de la trisomie 21 performant par la mesure de la clarté nucale . En effet, en cas de clarté nucale augmentée, le risque de trisomie 21 est considérablement accru. En utilisant un calcul de risque tenant  compte de l’âge maternel , de la clarté nucale, des antécédents d’aneuploidies au cours d’une grossesse indexe et en utilisant le seuil de risque de 1/300 on obtient une sensibilité de 77%  pour un taux de faux-positifs de     5% (2).  De plus, la pratique d'une échographie à la fin du premier trimestre (12-14 SA) permet le diagnostic de nombreuses malformations fœtales volontiers associées aux anomalies du caryotype. Toutefois, une certaine prudence doit encore prévaloir sur le dépistage échographique, car si les performances de cette méthode ne sont pas contestables, sa reproductibilité est encore incertaine.

Ces progrès significatifs dans notre aptitude à sélectionner des populations à risque de trisomie 21 ont cependant 2 effets pervers :

 - D’une part, un taux excessif d’amniocentèse du fait de la multiplication des méthodes de dépistage. En effet, si le dépistage de la trisomie 21 est réalisé au mieux selon les données actuelles de la science, il comporte d’abord un dépistage échographique entre   10 et 14 SA aboutissant d'après les études publiées à l’indication d’ environ 5% d'amniocentèses effectuées du fait d’une hyperclarté nucale. Parmi les patientes qui ont un risque bas d'après la mesure de clarté nucale, un dépistage biologique par les marqueurs sériques génère également 5% d’amniocentèses supplémentaires entre 14 et 17 SA puisque les marqueurs échographiques et biologiques sont indépendants, ces marqueurs sélectionnant deux populations à risque différent. Le taux global cumulé d’amniocentèses, induit par ce dépistage actuellement réalisé “ en cascade ”, est donc approximativement de 10% avant 18 SA (au quel il faudra rajouter les amniocentèses encore réalisées pour age maternel !), pour une pathologie dont la prévalence parmi les femmes de moins de 38 ans est seulement de 1/1000, alors que chacune de ces stratégies avait pour but d’éviter un trop grand nombre de faux-positifs, et donc d’amniocentèses.

- D’autre part, une morbidité maternelle accrue liée au terme tardif de l’interruption médicale de grossesse. En effet, si l’on tient compte du délai nécessaire (10 à 20 jours) pour l’obtention du caryotype par amniocentèse en cas de risque accru, le dépistage effectué au second trimestre a pour conséquence une interruption médicale de grossesse tardive vers 19-20 SA, créant un préjudice psychique considérable pour le couple dans certains cas.

Au total, le déplacement des possibilités du dépistage vers le premier trimestre, un taux potentiellement élevé d’amniocentèses et une morbidité maternelle liée à la difficulté technique d’une interruption tardive de la grossesse doivent nous imposer un nouvel objectif dans le dépistage de la trisomie 21: réaliser un dépistage et un diagnostic dès le premier trimestre. Le dépistage est rendu possible par l’utilisation combinée des marqueurs échographiques et biochimiques en une seule mesure de risque. Le diagnostic sur villosités choriales est possible dès 11 SA au prix du même risque de fausse couche qu’une amniocentèse plus tardive.

Il est, en effet, actuellement bien démontré que la mesure échographique de la clarté nucale et les marqueurs biochimiques sont indépendants, ce qui autorise leur association. Par ailleurs, l’analyse de la littérature sur le dépistage sérique de la trisomie 21 au cours du premier trimestre de la grossesse montre que 2 marqueurs sont prometteurs: la PAPP-A (Pregnancy-Associated Plasma Protein A)  et la fraction libre de la bhCG.

En utilisant un algorithme de risque intégrant âge maternel et antécédents d’aneuploidie, âge gestationnel, mesure échographique de la clarté nucale, PAPP-A et fraction libre de la bhCG, le but est d’obtenir un taux de détection de 90% pour un taux de faux-positifs de 5% si l’on souhaite améliorer la sensibilité ;  ou un taux de détection de 80% pour un taux de faux-positifs réduit à 1 à 2% si on souhaite réduire le taux de faux-positifs. Le dépistage au premier trimestre présente également l’avantage de permettre la réalisation du caryotype par biopsie de trophoblaste, technique rapide et fiable. Elle permet de réaliser un caryotype fœtal dès 11SA avec un résultat d’examen direct en quelques jours  et une confirmation par cultures cellulaires obtenues en 10 jours

Les avantages potentiels d’un dépistage aussi précoce sont clairs: réduction des traumatismes psychologiques et physiques liés à l’interruption médicale de grossesse tardive en cas de trisomie 21, réduction des coûts thérapeutiques à la fois par la réduction du nombre d’amniocentèses générées par le dépistage et donc également par la réduction du nombre de fausses-couches induites, et réduction des délais d’hospitalisation en cas d’IMG du fait d’une plus grande facilité technique d’IMG.

1. Dépistage échographique du premier trimestre par la clarté nucale.

                  La clarté nucale est définie par l’espace normal sous cutané, entre la peau et les tissus mous recouvrant la nuque du fœtus qui peut-être observé lors de l’echographie du premier trimestre. Cet espace peut être augmenté en cas d’hyperclarté nucale ou d’hygroma cervical. L’hygroma cervical est bi-latéral, développé initialement aux dépens des sacs lymphatiques jugulaires, avec des structures kystiques séparées par des septa. Celui-ci représente un signe d’appel des syndromes de Turner, de Noonan  et d’autres syndromes génétiques mais est aussi associé aux trisomies. L’hyperclarté nucale est due à une accumulation de liquide dans l’espace sous cutané pouvant être en rapport avec un retard de résorption du système lymphatique ou une compression médiastinale. L’hyperclarté nucale est maintenant bien identifiée comme un marqueur d’aneuploidie et particulièrement de trisomie 21 mais aussi de cardiopathie fœtale et de nombreuses malformations et syndromes génétiques.

1.1 Le calcul du risque pour les anomalies chromosomiques :

                  Chaque femme présente un risque individuel, pour son fœtus d’avoir une anomalie chromosomique. Afin de pouvoir calculer ce risque individuel, il est nécessaire de tenir compte du risque initial  de la patiente, qui lui même dépend de son âge, du terme et de ses antécédents d’enfants avec anomalies chromosomiques. Ce risque, sera multiplié par un certain facteur, le likelihood ratio, qui sera calculé d’après la série de tests de dépistage obtenus lors de la grossesse. Chaque fois qu’un test de dépistage est effectué,  le risque de base est multiplié par un facteur et l’on obtient un nouveau risque calculé et en toute logique, si on utilise ultérieurement un autre test indépendant de celui-là, c’est ce risque calculé qu’il faudra prendre comme  risque de base en accord avec la théorie Baylesienne des tests statistiques indépendants. Ce dépistage est appelé le dépistage séquentiel. Il s’oppose aux dépistages successifs qui utilisent le même risque initial sans tenir compte de la modification de celui-ci apporté par le ou les dépistages précédents. Si les sensibilités de ces méthodes combinant plusieurs tests peuvent être voisines, le taux de faux positif est très différent car dans les dépistages successifs ils s’additionnent.

Le risque d’anomalies chromosomiques augmente avec l’âge  maternel (3) (Fig 1) mais il diminue avec l’âge gestationnel (Fig 2). En effet, les fœtus porteurs d’une anomalie chromosomique ont un risque plus élevé de donner lieu à une fausse couche que les fœtus sains. Pendant très longtemps le seuil utilisé fut de 2,5 mm ou 3 mm pour la définition d’un seuil de l’hyperclarté nucale alors qu’il est bien démontré actuellement que l’épaisseur normale de la clarté nucale augmente avec l’âge gestationnel. Il est donc necessaire de comparer la mesure de la clarté nucale aux valeurs du 95ème percentile établi en fonction de l’âge gestationnel. Dans l’étude de Snidjers sur environ 100 000 grossesses (2) , le 95ème percentile varie de 2mm  à 11SA à 2,6 mm à 13+6 SA. Ceci est la seule manière de maîtriser le taux de faux-positif donc de gestes invasifs engendrés. La Fig 3 illustre les valeurs du 5ème, 25ème, 50ème, 75ème et 95ème centile de la clarté nucale en fonction de l’âge gestationnel (4,5) et la Fig 4 illustre le risque combiné de l’âge maternel en fonction de l’épaisseur de la clarté nucale.

1.2. La technique de la mesure de la clarté nucale en échographie

La mesure de la clarté nucale est souvent simple et rapide. Cependant dans certains cas, cette mesure peut  être difficile à obtenir et il faut alors savoir être patient afin d'attendre la bonne position foetale. Il semble clair, d'après toutes les études effectuées sur le dépistage de la trisomie 21 au 1er trimestre que pour effectuer correctement une mesure de la clarté nucale il faut avoir reçu une formation préalable et que seuls des opérateurs entraînés obtiennent une mesure adéquate et reproductible. Afin d'obtenir la meilleure reproductibilité de la mesure de la clarté nucale, il est nécessaire d'appliquer par tous les centres et par tous les opérateurs une technique standardisée. Le tableau 1 définit les éléments de cette technique. Le choix de la sonde abdominale ou vaginale dépend de l'âge gestationnel, de l'expérience de l'opérateur, des difficultés techniques notamment chez les patientes obèses. La voie abdominale surestime la clarté nucale de 0,1mm par rapport à la voie vaginale (6), ce qui n'a aucune répercussion clinique. La mesure de la clarté nucale est effectuée au mieux entre 11-14 SA, même si  certains auteurs ont  longtemps prôné de la mesurer entre 10 SA et 14 SA. Pour deux raisons : d’une part, il est plus difficile d'obtenir une mesure adéquate entre 10 et 11 SA  et d’autre part, la mesure de la clarté nucale se fait au cours de la seule echographie réalisée au premier trimestre qui se doit  aussi d'étudier la morphologie du foetus, exercice difficile avant 11 SA. L’histoire naturelle de la clarté nucale après 14 SA est inconnue et aucune étude n’a étudié sa valeur diagnostique.

 La mesure de la clarté nucale doit se faire lorsque le foetus est en position strictement sagittale, le fœtus occupant au moins 2/3 de l’image. La nuque du foetus doit être en position neutre. L'hyperextension de la nuque  surestime la clarté nucale de 0,6mm et l'hyper flexion de la nuque sous estime la clarté de la nuque de 0,4mm (7) ce qui dans le premier cas, augmente le taux de faux positif et dans le deuxième cas, diminue le taux de détection de trisomie 21.

Un des pièges les plus fréquents, est de mesurer l'espace entre la nuque et l'amnios. Pour éviter cela,  on doit préalablement à la mesure de la clarté nucale, attendre que le foetus se dégage de l'amnios. Prendre l'amnios pour la clarté nucale surestime considérablement la mesure et augmente le taux de faux positifs. D'autre part si on trouve une clarté nucale augmentée, il est souhaitable d’utiliser le Doppler couleur afin d'être certain que le cordon ombilical n'est pas autour de la nuque car sa présence chez 8% des fœtus à ce terme peut-être confondue avec une hyperclarté nucale (8).

Pour la standardisation de la technique et sa reproductibilité, l'image doit être agrandie au maximum pour la pose des curseurs. On doit utiliser des curseurs en forme de croix et placer les branches horizontale de la croix sur les fins liserés hyperechogènes délimitant la zone hypoechogène de la clarté nucale (Fig 5). Trois mesures successives sont recommandées et il faut prendre la plus grande. Même si la plupart des mesures de la clarté nucale se font rapidement, il  faut  savoir être patient et ne pas être limité par un temps minimal.

1.3. Revue de la littérature

                  La littérature sur le dépistage des anomalies chromosomiques au premier trimestre, est difficile à analyser en raison du manque de standardisation de la technique. En effet, la définition de l’hyperclarté nucale varie d’une étude à l’autre. Certaines études utilisent comme seuil 2,5 mm ou 3 mm et d’autres utilisent un seuil fonction de la longueur cranio-caudale, ce qui est préférable puisque la clarté nucale augmente avec l’âge gestationnel et que la probabilité de trisomie 21 augmente significativement avec l’épaisseur de la clarté nucale.

 La revue de la littérature effectuée entre 1990 et 1999 de tous les articles permettant de calculer la performance de la mesure de la clarté nucale dans le dépistage du 1er trimestre montre que le taux de détection  varie de 29% à 100%  pour un taux de faux positif de 5% lorsqu’un seuil de 3 mm  ou un seuil  ≥ 95ème  percentile est utilisé (2,9-34))     (Tableau 2). La sensibilité du test est plus importante si on considère l’ensemble des aneuploidies.  Surtout, il faut distinguer la performance de ce test dans les populations à haut risque et à bas risque puisque l’on sait que la valeur prédictive d’un test augmente avec la prévalence de maladie.

                  1.3.1 Mesure de la clarté nucale dans les populations à haut risque

    L’association entre l’hyperclarté nucale et le risque de trisomie 21 fut en premier lieu retrouvée dans les populations à haut risque définie par un âge maternel avancé ou chez les patientes ayant déjà eu un fœtus ou un enfant trisomique. Beaucoup d’études ont évalué ces différents aspects. Sur un total de 22 études (9,12,15,31,35-52) portant sur les patientes à haut risque d’anomalies chromosomiques, une hyperclarté nucale est associée à une anomalie chromosomique dans 30% des cas, dont la moitié sont des trisomies 21. Cependant, la plus part de ces études sont critiquables méthodologiquement, car elles sont rétrospectives et surtout ne rapportent que l’issue des grossesses pour lesquelles il y avait une hyperclarté nucale. Le nombre total de fœtus ayant une echographie au 1er trimestre durant cette même période et ayant une clarté nucale normale ainsi que l’incidence de trisomie 21 dans cette population n’est pas rapportée. Seules 5 de ces 22 études permettent de calculer la performance diagnostique du test en terme de sensibilité et spécificité (9,12,15,31,36). D’autre part, les performances des tests de dépistage étant dépendant de la prévalence de la maladie dans la population étudiée, les résultats obtenus ne peuvent pas être extrapolés à la population générale.

                  1.3.2 Mesure de la clarté nucale dans la population à bas risque

                  Bien que le risque de trisomie 21 augmente avec l’âge maternel, 2/3 des enfants trisomiques naissent de femmes de moins de 35 ans considérées comme  à bas risque. Par conséquent, le dépistage de la trisomie 21 par la mesure de la clarté nucale et par les marqueurs sériques semble être particulièrement approprié dans cette population à bas risque. Il existe à l’heure actuelle onze études prospectives (2,11,14,17,23,29-33,36) évaluant la performance de la mesure de la clarté nucale comme test de dépistage de la trisomie 21 dans les populations à bas risque (Tableau 3). Les premières études évaluant cette méthode de dépistage utilisaient comme  seuil  2,5 ou 3mm alors que les études les plus récentes utilisent le 95ème centile calculé pour chaque âge gestationnel. Ces onze études prospectives incluent environ 125 000 patientes  provenant d’une population à bas risque. La sensibilité globale  du test de dépistage de la trisomie 21 y est de 70%. Cependant, considérées individuellement, ces études montrent une grande variabilité dans la performance de la méthode avec une sensibilité allant de 29% à 91%. Ceci peut s’expliquer par différents points méthodologiques :

Premièrement, dans certaines études comme celle de Roberts et Bewley (14,53)       certaines  patientes n’ont pas eu de mesure de clarté nucale et 28 % des patientes  ont eu une mesure de la clarté nucale à moins de 10 SA  qui est un âge gestationnel pour lequel la mesure de la clarté nucale  reste très difficile à mesurer et à interpréter. D’autre part, le taux global d’échec de mesure de la clarté nucale dans l’étude était de 18%. Dans ces études, les échographistes n’avaient  pas été formés particulièrement à l’échographie du 1er trimestre et avaient une durée limitée pour réaliser l’examen. Dans l’étude de Kornman (17), les échographistes avaient seulement 3 minutes pour obtenir la mesure de la clarté nucale, ce qui semble un temps insuffisant dans certains cas, et qui là aussi augmente le taux d’échec de la technique . Le faible taux de détection de trisomie 21 dans ces 2 études de 33% et 29% respectivement peut être expliqué en partie par ces raisons techniques qui sous estiment la sensibilité de la méthode.

Une autre critique potentielle de la méthode est la reproductibilité imparfaite de la mesure de la clarté nucale, qui  nécessite des opérateurs entraînés. Une étude prospective entre 10-14 SA (54) a été spécifiquement réalisée par l’équipe de Nicolaides pour étudier cette reproductibilité. 200 fœtus ont été examinées par voie trans-abdominale et si nécessaire par voie trans-vaginale, par 2 des 4 échographistes formés initialement pour la mesure de la clarté nucale. Chaque fœtus avaient 6 mesures de nuque et la plus grande mesure étaient retenue. Cette étude a montré que, après la première mesure, la mesure effectuée par le même opérateur (intra) ou un autre opérateur (inter) différaient de la première de moins de 0,54 mm et 0,62 mm respectivement dans 95% des cas. De plus, la reproductibilité était indépendante de la taille de la nuque. Depuis, plusieurs études  ont montré que les différences de mesures intra et inter-observateur étaient de moins de 0,5 mm lorsque celles-ci étaient effectuées par des opérateurs entraînés (55-58). En revanche, dans une étude récente multicentrique de Haddow sur le dépistage au premier trimestre (59) la mesure de la clarté nucale variait considérablement d’un centre à l’autre et n’ a pas pu être intégrée de façon fiable dans le calcul de risque.

Une autre hypothèse pour cette grande variabilité de  sensibilité des différentes méthodes est que dans certaines études seule la voie abdominale était utilisée (11, 14,17,29,31,57), dans d’autres la voie vaginale était utilisée si la voie abdominale ne permettait pas la mesure (2,30,31) et enfin d’autres n’utilisaient que la voie vaginale pour la mesure de la clarté nucale (23) .

Une autre insuffisance méthodologique de certaines études est le manque d’informations concernant le recueil des données concernant le suivi des enfants. Notamment, dans les études de Hafner (11,32) , Kornman (17) et Orlandi (29) aucune information n’est donné sur le recueil des données des issues de grossesse des enfants avec une clarté nucale normale ni sur le nombre de trisomies 21 découvert à la naissance qui auraient pu passer inaperçues lors de l’échographie. Concernant, les autres études, Bewley (14),

Taipale (23) et Snidjers (2) rapportent 93% à 99% de suivi des enfants mais il est impossible de commenter sur la qualité de ce recueil en raison du peu d’informations données dans la section matériel et méthode. De toutes les études publiées, l’étude portant sur le plus grand nombre de patientes est celle de Snidjers et coll (2). Le dépistage par la mesure de la clarté nucale a été effectué sur 96 157 patientes par 306 échographistes dans 22 centres du Royaume Uni.  En utilisant un seuil ≥ au 95 ème centile pour l’âge gestationnel, le taux de détection pour la trisomie 21 a été de 72%. Pour un risque ajusté sur l’âge maternel et sur l’âge gestationnel >1/300, le taux de détection  des trisomies 21 a été de 82,2% pour un taux de faux positifs de 8,3%. Pour un taux de faux positifs de 5% le taux de détection a été de 77%.

 Cependant deux problèmes méthodologiques restent soulevées par  certaines de ces études :

                  Le problème méthodologique lié au biais de vérification qui survient lorsque la sélection pour la vérification du diagnostic dépend du résultat du test étudié. Dans le cas de la mesure de la clarté nucale, ce biais de vérification survient lorsque les fœtus avec hyperclarté nucale vont avoir un contrôle de caryotype alors que les fœtus à clarté nucale normale n’en n’auront pas. Les études qui ne comportent pas de biais de vérification correspondent aux première études observationnelles effectuées sur la clarté nucale. Celle-ci étaient réalisées chez des patientes à risque pour lesquelles on vérifiait le caryotype par biopsie de trophoblaste et qui avaient au cours de l’examen échographique une mesure de la clarté nucale. Par conséquent, le caryotype était connu pour tous les fœtus que la clarté nucale soit normale ou augmentée. Ce sont d’ailleurs ces études qui ont permis d’évaluer la sensibilité de la clarté nucale et qui sont à l’origine de la diffusion de cette technique de dépistage. Les études qui ont suivi, pour la plupart prospectives, utilisaient cette mesure de clarté nucale comme test de dépistage et le caryotype n’était proposé qu’en cas de clarté nucale augmentée. Elles comportaient donc un biais de vérification car  cela impliquait que les trisomies 21 avec hyperclarté nucale étaient toujours diagnostiqués alors que les trisomies 21 sans hyperclarté nucale (faux négatifs) avaient une probabilité de 50% d’échapper au diagnostic du fait des fausses couches ou passaient inaperçues. Le biais de vérification tend donc à surestimer le taux de détection c’est à dire la sensibilité. Pour évaluer l’impact du biais de vérification sur la performance de la mesure de la clarté nucale Mol et al (56) ont comparé les 10 études publiées avec biais de vérification (11-13 ,17, 22-25 ,30, 31)  et les 15 études publiées sans biais de vérification  (9, 10, 14-16, 18-21 ,26-29 ,31 ,32). Les biais de vérification étaient suspectés lorsque le caryotype était effectué pour la présence d’une hyperclarté nucale tandis qu’il n’y avait pas de vérification pour les autres fœtus. La sensibilité moyenne des études  avec  biais de vérification a été de 77% pour une spécificité de 97% alors que la sensibilité moyenne des études sans biais de vérification a été de 55% pour une spécificité de 96%. Après ajustement, sur les pertes fœtales attendues, la sensibilité moyenne des études avec biais de vérification a été de 63% ce qui reste de toute façon supérieure à la sensibilité moyenne des études sans biais de vérification. Par ailleurs il ne semble  pas y avoir de relation entre la sensibilité et la taille de la population étudiée alors que la spécificité est nettement améliorée par la taille de la population. La  meilleure sensibilité et la meilleure spécificité des études avec biais de vérification est probablement due à une meilleure technique de mesure des centres participants, d’autant plus que ces études portent sur un plus grand nombre de patientes.

Le biais de sélection peut également expliquer une meilleure sensibilité des études avec biais de vérification (les grossesses avec hyperclarté nucale sont plus probablement incluses dans l’étude que les grossesses à clarté nucale normale). La différence avec le biais de vérification est, que lorsque le biais de sélection est présent les fœtus à clarté nucale normale sont moins probablement inclus dans l’étude tandis que lorsque le biais de vérification est présent , les grossesses à clarté nucale normale sont toujours incluses mais moins  probablement caryotypées. C’est pourquoi le biais de sélection entraîne une surestimation de la sensibilité et une sous estimation de la spécificité alors que le biais de sélection affecte seulement la sensibilité.

                  Le second problème tient à l’association entre l’augmentation de la clarté nucale et l’augmentation de risque de fausse couche. Un taux plus élevé de pertes fœtales parmi les trisomies 21  avec hyperclarté nucale pourrait réduire la valeur clinique de la mesure car celle-ci détecterait des trisomies 21 de toute façon destinées à  évoluer vers une fausse couche. L’association, entre hyperclarté nucale et fausse couche, réduit l’effet de sur- valorisation de la sensibilité des études avec biais de vérification car le risque de fausse couche est moins probable en  l’absence d’hyperclarté nucale.

                  D’autre part on ne peut exclure, dans certains cas, la possibilité de non identification de la trisomie 21 à la naissance. C’est pourquoi, il est important de comparer le nombre de trisomies 21 observées dans une étude au nombre attendu d’enfants trisomiques 21 selon la distribution de l’âge gestationnel dans l’étude. Dans l’étude de Snidjers sur 96 157 grossesses (2)  266 trisomies 21 étaient attendus en l’absence de  dépistage. Haddow (59) a montré qu’en raison de la surmortalité de la trisomie 21 entre 10 et 14 SA (40%),  le nombre attendu de trisomies 21 dans cette étude au moment de l’échographie aurait été  de 443 fœtus et donc la sensibilité serait alors de 60% et non de 82% comme rapporté par l’auteur.

    Cependant, malgré les biais méthodologiques de ces différentes études prospectives,  il est très probable que le dépistage par la mesure de la clarté nucale lors de l’échographie du premier trimestre  est le test non invasif ayant  le potentiel plus important pour la détection de la trisomie 21 dans les populations à haut et bas risques.  La sensibilité globale de l’ensemble des études publiées est de 70%. Cependant si l’on subdivise les études provenant du groupe de la Fetal Medicine Foundation et les autres, la sensibilité est de l’ordre de 72% et de 50% respectivement. Cela pose la question de la diffusion de la technique dans la population générale et du contrôle de qualité qu’il serait utile de mettre en place à l’instar de celui appliqué aux marqueurs biologiques. Nicolaides et la Fetal Medicine Foundation ont fait la preuve que ce contrôle de qualité pouvait être réalisé à grande échelle. Il consiste en un enseignement  tenant compte de l’expérience préalable de chaque opérateur, puis d’une période de validation de 50 examens ou chaque image  est corrigée et commentée. Enfin, par l’analyse statistique de la répartition de la mesure de la clarté nucale de chaque opérateur tous les 6 mois en corrigeant en fonction de la répartition des âges gestationnels et de la prévalence des anomalies chromosomiques de la population étudiée. Lorsqu’une déviation est constatée, l’analyse de quelques images prélevées de façon aléatoire ou dirigée en fonction de la déviation constatée permettra au pratricien de corriger sa technique.

1.4 Dépistage échographique de la trisomie 21 dans les grossesses gémellaires

Par rapport aux grossesses unique, le dépistage des anomalies chromosomiques pour les jumeaux est rendu plus difficile  pour 3 raisons : 1) les méthodes de dépistage telles que les marqueurs sériques maternel ne sont pas applicables. 2) en cas de geste invasif le risque de fausse couche est supérieur et enfin 3) en cas de discordance pour une anomalie chromosomique d’un jumeau il faut pouvoir proposer un foeticide sélectif.

  1.4.1 Le calcul de risque

En cas de grossesse dizygote, le risque d’anomalies chromosomiques lié à l’âge maternel pour chaque jumeau est le même que pour une grossesse unique et par conséquent le risque qu’au moins un des deux fœtus soit atteint d’une anomalie chromosomique est le double de celui d’une grossesse unique. Ainsi au terme de 12 SA,  le risque d’une femme de  36 ans est de 1/200. Le risque qu’au moins un des fœtus ait une trisomie 21 est de 1/200 +1/200 =1/100 et le risque que les deux fœtus soit atteint est de 1/200 X 1/200 =       1/40 000. De plus, comme le taux de grossesses gémellaires augmente avec l’âge maternel, le risque théorique d’anomalie chromosomique est supérieur à celui des grossesse simples. Cependant ceci ne semble pas refléter les taux de trisomies observées dans les grossesses multiples.

En cas de grossesse monozygote, le risque d’anomalies chromosomiques est le même que pour une grossesse simple. Ainsi pour une femme enceinte de 36 ans, à 12 SA le risque qu’au moins un enfant  soit atteint est de 1/200 et le risque que les deux enfants soit atteints est de 1/200 car les 2 fœtus ont le même patrimoine génétique.

L’echographie du 1er trimestre pouvant avec quasi-certitude déterminer la chorionicité, il est donc possible en fonction de celle-ci d’évaluer le risque pour un ou deux fœtus.

  1.4.2 Le dépistage échographique par la clarté nucale

Lors d’une grossesse bichoriale la mesure de la clarté nucale s’effectue sur chaque jumeau selon la même technique que pour les grossesses simples. Le risque de trisomie 21 est alors calculé pour chaque fœtus.

Lors d’une grossesse monochoriale la mesure de la clarté nucale est effectué sur chaque fœtus et à l’heure actuelle il n’existe aucune donnée de la littérature permettant d’affirmer de quelle mesure il faut tenir compte. Il semble cependant raisonnable de tenir compte de la plus grande mesure de la clarté nucale et de calculer un seul risque pour les deux jumeaux à partir de cette clarté nucale.

Dans un étude sur le dépistage échographique de la trisomie 21 comprenant 448 grossesses gémellaire (60) la mesure de la clarté nucale a été effectuée sur chaque fœtus et le risque combiné à l’age maternel a été estimé. La clarté nucale était au dessus du 95ème centile pour les normes en fonction de l’âge gestationnel (établi chez les singletons) pour 7,3% des fœtus incluant 88% de ceux qui avait une trisomie 21. La prévalence de fœtus avec clarté nucale augmentée a été supérieure dans les grossesses monochoriales (8,4%) par rapport aux  grossesses bichoriales (6,9%) suggérant que pour les grossesses bichoriales la sensibilité et le taux de détection des trisomies 21 par la clarté nucale est sensiblement le même que pour les singletons. Il y a eu 11,1% de grossesse bichoriale et 13,7% de grossesse monochoriale pour lesquelles au moins un des jumeaux présentaient une clarté nucale ≥ 95 ème centile nécessitant de réaliser un geste invasif pour caryotype. Ceci porte donc le taux de geste invasif à un taux bien supérieur de celui des singletons.

Pour les grossesses monochoriales, le taux de faux positif induit par la l’hyperclarté nucale  est supérieure que pour les grossesses uniques, probablement car l’hyperclarté nucale n’est pas simplement un marqueur d’anomalies chromosomiques mais aussi  dans certains cas un marqueur précoce du syndrome transfuseur-transfusé (61). Il faut donc en cas d’hyperclarté nucale à caryotype normale lors d’une grossesse monochoriale établir une étroite surveillance échographique à la recherche de signes d’un syndrome transfuseur-transfusé.

2.Stratégie de dépistage par marqueurs biochimiques

2.1.Données actuelles

Depuis quelques années, un certain nombre d’études ont montré que la mesure de marqueurs biochimiques dans le sérum maternel entre 15 et 17 semaines d’aménorrhée peut être utile pour identifier des grossesses affectées par la trisomie 21. En 1984, Merkatz et Coll. (62) démontrent que les concentration d’aFoeto-Protéine (AFP) mesurées dans le sérum maternel est statistiquement plus basse chez les femmes porteuses d’enfants trisomiques que chez les autres, au même terme.

En 1987, Bogart (63) montre que les concentrations sériques d’hCG sont plus élevées que la normale dans les  grossesses affectées par une  trisomie 21 foetale.

En 1988, Canick (64) propose un 3ème  marqueur de risque: L’œstriol libre (E3) dont les concentrations sont plus basses en cas de trisomie 21 que dans la population témoin.

Différentes associations entre l’âge et un ou plusieurs de ces marqueurs ont été proposées pour améliorer leur valeur prédictive dans le cadre d’un dépistage réalisé entre  14 et 18 SA:

-          AFP et âge, en 1987

-    hCG et AFP, en 1989

 -    surtout hCG + AFP + E3 + âge en 1988 par Wald (1). A partir d’une sérothèque, et en utilisant un seuil de risque ≥ 1/250, Wald donne un taux de détection de 60% avec un taux de faux-positifs de 5%.

En 1990, Macri (65)  démontre que le dosage de la bhCG libre permet un taux de détection bien supérieur à celui obtenu avec le dosage de l’ hCG totale (bhCG + fraction libre). En 1992, Spencer (65) confirme cette observation: il constate que dans les grossesses “affectées”, les valeurs de la bhCG libre  sont en moyenne 2,06 fois plus élevées que la moyenne “normale”, alors que ce ratio est de 1,88 pour l’hCG totale; dans cette étude préliminaire comportant 29 cas de trisomie 21, 15 cas (soit 52%) auraient été détectés par l’association hCG + AFP + uE3 + âge, contre 19 cas (soit 66%) si on avait utilisé la bhCG libre au lieu de l’hCG, et ce pour un même taux de faux positifs (5,9%).

 

Conforté par ces premiers résultats, Spencer (66) lance avec 3 autres hôpitaux anglais, une étude multicentrique qui permet d’inclure 90 cas de trisomie 21 avérées (et 2800 cas non affectés). Les conclusions sont les suivantes:

1- Testés chacun isolément (au taux de 5% de faux positifs), les différents facteurs de risque permettent une détection de 7% des cas pour l’AFP, 18% pour l’E3, 28% pour l’âge maternel, 38% pour l’hCG et 45% pour la  bhCG libre.

2- En combinant l’âge maternel à la mesure de 2 ou 3 marqueurs, la meilleure association serait   bhCG libre + AFP qui permet la détection de 66% des cas de trisomie 21.

3- Ce taux passe même à 77% si tous les dosages sont effectués précocement, c’est-à-dire entre 14 et 16 SA, au lieu de 14 et 21 SA dans l’étude complète.

4- L’ajout d’un 3ème  marqueur, tel l’E3, n’apporte rien aux taux détectés; pis, il augmente de 1% le taux de faux positifs, probablement parce que les 2 paramètres AFP et E3 ne sont pas indépendants.

5- C’est dans les tranches d’âge maternel les plus basses que la bhCG libre se démarque le plus de l’hCG: ainsi, chez les moins de 30 ans, 19 cas ont été détectés par la bhCG libre  contre 9 par l’hCG (soit 100% de cas en plus).

Enfin, récemment (1994), Spencer et Macri (68) ont publié les résultats d’une étude incluant 480 cas de trisomie 21:

 - dans 234 de ces cas issus d’études rétrospectives et prospectives, l’efficacité de la bhCG libre sérique maternelle a été évaluée en association à l’AFP et à l’âge maternel. Le taux de détection de la trisomie 21 entre 14 et 16 SA a été de 82%. Pour tous âges gestationnels confondus (14-22 SA), le taux de détection a été de 77%.

 - dans une étude prospective portant sur 44 272 patientes de moins de 35 ans, 69% des trisomies 21 ont été détectées (73% entre 14 et 16 SA). Le taux de faux-positifs dans cette étude prospective a été de 5,6% (5,8% avant 17 SA, 5,2% au delà) et réduit à 3,8% après évaluation échographique.

Les auteurs concluent que l’usage de la bhCG libre combinée à l’AFP et à l’âge maternel,  dans les populations  de moins  de 35 ans, apporte une amélioration du dépistage de la trisomie 21 par rapport aux autres protocoles.

Au total, l’analyse des 15 études prospectives publiées sur le dépistage des marqueurs sériques multiples, on peut conclure que:

 - 4 marqueurs sériques maternels ont été étudiés à grande échelle: hCG totale, bHCG libre, AFP, et uE3.

 - Les études prospectives démontrent clairement que les prédictions des modèles statistiques utilisés pour prédire les taux de détection et de faux positifs pour différentes combinaisons de marqueurs sont correctes.

 - Pour tout âges gestationnels confondus (15-22 SA), la méta-analyse de ces études montre que les taux de détection du triple test  (hCG totale, AFP, et uE3) et de l’association bhCG libre  et AFP sont similaires, de l’ordre de 65%, pour un taux de faux-positifs de 5%.

 - Toutefois, l’association  bhCG libre  et AFP serait plus performante que le triple test dans les âges gestationnels jeunes (14-16 SA) et dans les tranches d’âge maternel les plus basses (moins de 30 ans).

2.2.Perspective: Les futures directions du dépistage

2.2.1.Dépistage au cours du premier trimestre de la grossesse

Si l’on tient compte du délai nécessaire (10 à 20 jours) pour l’obtention du caryotype  à partir du liquide amniotique en cas de risque accru, le dépistage effectué au second trimestre a pour conséquence une interruption médicale de grossesse tardive, nécessitant des thérapeutiques très agressives, et créant un préjudice psychologique considérable pour le couple. C’est pourquoi plusieurs auteurs ont cherché à réaliser ce dépistage plus précocement, dés le premier trimestre de la grossesse.

L’analyse de la littérature sur le dépistage sérique de la trisomie 21 avant 15 SA montre que 2 marqueurs sont prometteurs: la PAPP-A (Pregnancy-Associated Plasma Protein A)  et la  bhCG libre.

2.2.1.1. La  b hCG libre

Spencer et Macri (69) ont montré sur 12 000 prélèvements réalisés entre la 7ème  et la 13ème SA, que la bhCG libre restait, à ce stade, un bon paramètre de dépistage.

Macri (65) a étudié l’intérêt de la bhCG libre et de l’AFP comme marqueurs pour le dépistage du premier trimestre dans une population comportant 19 trisomies 21 et 293 témoins non affectés. En combinaison avec l’âge maternel, la bhCG libre a détecté 42,4% des cas de trisomie 21, et l’AFP 34%,  pour un taux de faux-positifs de 5%. En combinant les 2 paramètres (AFP + bhCG libre), il obtenait un taux de détection de 57% pour un taux de faux-positifs de 5%.

Wald (70), sur 77 cas de trisomie 21 entre 8 et 14 SA, a montré que les niveaux de bhCG libre restaient élevés avec une médiane de 1.79 MoM.

 

2.2.1.2. La PAPP-A (Pregnancy-Associated Plasma Protein A).

Hurley (71), dans une étude rétrospective, a mesuré la PAPP-A à partir du sérum de 254 femmes devant bénéficier d’une biopsie de trophoblaste au premier trimestre. Onze anomalies chromosomiques ont été détectées (dont 7 cas de trisomie 21). Les taux moyens de PAPP-A sérique dans les cas de trisomie 21 étaient à 0,44 MoM  à 9 SA, 0,15 MoM à 10 SA, 0,29 MoM à 11 SA. Les taux de  PAPP-A à 10 SA étaient inférieurs à ceux des grossesses ayant évolué vers un avortement spontané. C’est à 11 SA que les taux de PAPP-A étaient  les plus bas dans  les grossesses affectées de trisomie 21. Sur ce petit échantillon, la pratique d’une biopsie de trophoblaste chez les patientes ayant une grossesse unique et des taux de PAPP-A au-dessous de 0,3 MoM (approximativement 6,5% de ce groupe à risque) aurait détecté tous les cas de trisomie 21 à 10 SA, et 50% à 11 SA.

Brambati (72), dans une étude rétrospective, a mesuré la PAPP-A à partir du sérum de 522 femmes âgées de 20 à 47 ans devant bénéficier d’une biopsie de trophoblaste entre 7 et 11 SA. 445 femmes avaient une grossesse avec caryotype normal; dans 30 grossesses, le caryotype était anormal (incluant 14 cas de trisomie 21 et 7 cas de trisomie 18). La valeur médiane de PAPP-A dans le groupe anormal était à 0,27 MoM, significativement plus basse que la valeur médiane dans le groupe normal (1,01 MoM). Le dépistage par mesure de la PAPP-A aurait pu détecter 60% des cas de trisomie 21 au premier trimestre avec un taux de faux positifs de 5%.

Cela a été confirmé par les résultats d’une étude observationnelle, réalisée sur des patientes devant subir une biopsie de trophoblaste pour âge maternel avancé (70). Un total de 77 cas de trisomie 21 entre 8 et 14 SA ont été appariés chacun avec 5 témoins en fonction de l’âge gestationnel, de la durée de conservation et de l’âge maternel. La médiane de la PAPP-A dans les cas de trisomies 21 a été de 0.43 MoM. La médiane de PAPP-A tend vers 1 MoM après 11 SA, c’est-à-dire qu’elle perd son pouvoir discriminant au-delà de ce terme.

Au total, il existe donc une association significative entre des taux bas de PAPP-A et des anomalies chromosomiques au premier trimestre.

2.2.1.3. L’association  bhCG libre et PAPP-A.

Wald (70) a démontré que le seul screening performant entre 8 et 14 SA, est celui associant à l’âge maternel, la bhCG libre et la PAPP-A, atteignant ainsi un taux de détection de 62% pour un taux de faux-positifs de 5%. L’ajout d’autres marqueurs ne permet pas de gagner plus d’1 ou 2% de détection. En choisissant un seuil de risque de 1/300, 63% des cas de trisomie 21 seraient détectés et le taux de faux-positifs serait de 5.5%.

Forest (Congrés d’Amsterdam, 1996) a présenté les résultats d’un essai prospectif multicentrique, mais non interventionnel, portant sur 14 000 grossesses et évaluant la performance de 2 marqueurs biochimiques (bhCG libre +PAPP-A) dosés entre 9 et 13 SA. Le taux de faux-positifs a été fixé à 10% (ce qui correspond à la proportion de femmes de 35 ans ou plus, dans la population des grossesses de sa région). 18 cas de trisomie 21 sont survenus. La bhCG libre a été plus performante que la PAPP-A (sensibilité de 50% versus 44%, respectivement) mais la combinaison des 2 aurait permis un taux de détection de 67%. Pour un taux de faux-positifs de 5%, la PAPP-A a été supérieure à la  bhCG libre (sensibilité de 44% versus 33%, respectivement).

Haddow (59) vient de publier une étude prospective où il a dosé 5 marqueurs sériques entre 9 et 15 SA: la  bhCG totale, la bhCG libre, la PAPP-A, l’AFP et l’œstriol libre. Il a montré que le seul dépistage performant est celui associant à l’âge maternel, la  bhCG libre ou totale et la PAPP-A, atteignant dans ces conditions un taux de détection de 60% (avec la bhCG libre) et 63% (avec la bhCG totale) pour un taux de faux-positifs de 5%.

Au total, le dépistage de la trisomie 21 au premier trimestre de la grossesse  repose sur le double test PAPP-A et bhCG libre. Les autres marqueurs bhCG libre, AFP, uE3, inhibine A dimérique sont faiblement associés à la trisomie 21 durant cette période.

Un dépistage au premier trimestre serait, bien sûr, préférable, mais seulement à la condition que les taux de détection au premier et au second trimestre soient comparables, ce qui n’est pas encore établi en dépistage de routine sur de grandes populations.

2.2.2-Dépistage au cours du second trimestre de la grossesse: Les nouveaux marqueurs

2.2.2.1. Le dosage urinaire du bcore.

Le  bcore est le principal produit de dégradation de l’hCG, et en particulier de sa sous-unité b. Son élimination est urinaire. Il se caractérise par une grande stabilité puisqu’il est en fin de chaîne catabolique.

Différents auteurs ont donc testé le bcore urinaire comme marqueur de trisomie 21.

Iles (congrè européen sur dépistage de la trisomie 21, Amsterdam, 1996) a présenté les résultats du dépistage, par dosage urinaire du bcore, au moyen de 3 trousses différentes sur une même population. Il a également rapporté les résultats obtenus par d’autres auteurs. Dans tous les cas les valeurs de  bcore urinaire ont été corrigées en fonction de la créatininurie .

Cette méthode semble particulièrement intéressante car:

 - Ces résultats sont bien supérieurs à ceux obtenus avec n’importe quel marqueur sérique à partir de 15 SA.

 - Le dépistage de masse basé sur un test urinaire présente des avantages certains: envoi facile par la poste d’un échantillon urinaire matinal, élimination du prélèvement veineux.

2.2.2.2. Le dosage sérique de l’inhibine dimérique A.

Dans le but d’évaluer la valeur de l’Inhibine dimérique A comme marqueur de la trisomie 21 au second trimestre, Spencer (Amsterdam, 1996) a analysé 157 cas de trisomie 21 et 367 grossesses non affectées entre 14 et 21 SA. La médiane MoM dans le groupe trisomie 21 a été de 1.77 MoM, significativement plus élevée que dans le groupe contrôle (1.00 MoM). Il n’y a pas de corrélation avec l’âge maternel. Pour un taux de faux-positif de 5%, l’Inhibine dimérique A identifie seule 37% des cas de trisomie 21. Utilisée en conjonction avec l’âge maternel et d’autres marqueurs, les modèles mathématiques montrent les taux de détection suivants:

 - 48% pour Inhibine dimérique A +âge,

 - 56% pour Inhibine dimérique A +AFP+ âge,

 - 61% pour Inhibine dimérique A + bhCG libre + âge,

 - et 68% pour Inhibine dimérique A + bhCG libre +AFP+ âge.

Ces données suggèrent également que l’Inhibine dimérique A, comme la bhCG libre, a un plus grand potentiel plus tôt au cours du deuxième trimestre de la grossesse (médiane MoM à 14-16 SA=1.92 comparée à 1.46 MoM à 17-21 SA).

Aitken  et Coll. (73) ont également testé l’inhibine dimérique A et ont comparé sa valeur prédictive à celle des marqueurs établis. Des échantillons de sérum ont été obtenus entre 7 et 18 SA chez 58 femmes dont le fœtus était affecté de trisomie 21, 32 femmes dont le fœtus était affecté de trisomie 18 et 438 femmes dont le fœtus était normal. Les échantillons ont été analysé pour chaque marqueur. Les concentrations sériques de chaque marqueur ont été converties en multiple de la médiane adaptée à chaque âge gestationnel des grossesses normales. Les taux de détection de trisomie 21 par dosage de l’inhibine dimérique A, dans des combinaisons variées avec les autres marqueurs, ont été estimées par analyse multivariée.

Parmi les femmes avec un  fœtus affecté de trisomie 21, les concentrations sériques ont été les suivantes, par rapport aux grossesses normales: inhibine dimérique A 2.06 fois la médiane normale (p<0.001), bhCG libre 2.00 fois celles de la médiane, hCG totale 1.82 fois celles de la médiane, AFP 0.72 fois celles de la médiane. Les concentrations sériques d’inhibine dimérique A des femmes avec un fœtus affecté de trisomie 21 n’ont pas été significativement plus élevées que dans les grossesses normales jusqu’à la fin du premier trimestre, et n’ont pas non plus été significativement différentes dans les grossesses affectées de trisomie 18 par rapport aux grossesses normales (p=0.17). Le taux de détection de la trisomie 21 a été de 53% pour un taux de faux-positifs de 5% avec l’association  bhCG libre, AFP et âge maternel. Le taux de détection a été de 75% quand l’inhibine dimérique A a été ajoutée à ces marqueurs (p=0.002).

Au total, 2 orientations se dégagent pour le dépistage de la trisomie 21 au second trimestre de la grossesse:

 - dépistage par dosage urinaire du bcore;

 - dépistage par un triple test associant bhCG libre, AFP et inhibine dimérique A.

3. Stratégie de dépistage couplant la biologie à l'échographie au cours du premier trimestre de la grossesse

Comme le dépistage de la trisomie 21 par marqueurs biochimiques et échographiques apparaît prometteur à partir de 11 SA, le challenge est donc maintenant de les combiner en une seule mesure de risque pour obtenir la performance la meilleure possible.

Les corrélations entre les marqueurs sériques et la clarté nucale ont besoin d’être évaluées dans les grossesses affectées et non affectées, afin de n’associer que des marqueurs indépendants du risque de trisomie 21. Cela a déjà été réalisé respectivement avec l’AFP, la  bhCG libre (74) et la PAPP-A (75) et aucune association significative n’a été retrouvée.

Si la PAPP-A, la bhCG libre, et la clarté nucale étaient retrouvées indépendantes, et en utilisant les résultats du dépistage sérique rapportés par Wald (75) et les résultats du dépistage échographique rapportés par Snijders et Nicolaides (2), on peut faire les projections suivantes:

- l’association des marqueurs sériques et échographiques pourrait accroître le taux de détection de 86% à 91% si on choisit un taux de faux-positifs de 5%,

-          ou bien assurer un taux minimal de détection de 80%, si on veut réduire le taux de faux-positifs à 3% voire 1.2%.

4.              Grossesse gémellaire et  dépistage biochimique par les marqueurs sériques

4.1 Au deuxième trimestre

Dans les grossesses uniques, le dépistage de la trisomie 21 par le risque combiné de l’âge maternel et du dosage du bHCG libre maternel permet un taux de détection d’environ 60% pour un taux de faux positif de 5%. Dans les grossesses gémellaires, la médiane des marqueurs sériques comme l’a foeto- protéine, l’hCG, la bhCG libre et l’inhibine A est deux fois plus élevée que pour les grossesses uniques (74) . Lorsque ceci est pris en compte dans le modèle mathématique du calcul du risque, il est estimé que les marqueurs sériques chez les jumeaux permettent un taux de détection de 45% pour un taux de faux positif de 5% (76). Cependant,  même si certaines études prospectives montrent une certaine efficacité des marqueurs sériques dans la détection des trisomies 21 chez les jumeaux plusieurs problèmes restent non résolus. (i) Le taux de détection pour un taux de faux positif de 5% est inacceptable compte tenu du fait que le risque de fausse couche lorsque l’on réalise un geste invasif est bien supérieur en cas de grossesse gémellaire ; (ii) En présence d’un test positif par les marqueurs sériques on ne sait pas quel fœtus est atteint; (iii) En cas de discordance entre les jumeaux pour l’anomalie chromosomique, un foeticide sélectif au deuxième trimestre entraîne un risque de fausse couche pour toute la grossesse.

Il est donc clair que, pour les jumeaux, le dépistage par la clarté nucale est plus performant et moins invasif que celui par les marqueurs sériques.

4.2 Au premier trimestre

 Il semble à l’heure actuelle difficile d’utiliser les marqueurs sériques au premier trimestre, dans le suivi des grossesses gémellaires, en raison de leur très faible sensibilité. De plus, peu d’études ont étudié cette relation. Lors d’une étude prospective, la clarté nucale était mesurée au premier trimestre et l’on dosait la fraction libre de la bHCG sérique maternel au deuxième trimestre pour 4181 grossesses uniques et 148 grossesses gémellaires (76) . Dans le groupe des grossesses gémellaires, il y avait 12 cas de trisomies 21 dont 4 intéressaient les deux jumeaux . Pour les grossesses gémellaires normale, comparées aux grossessex uniques, la médiane de bHCG libre sérique maternel, ajustée sur le poids maternel, était de 1,94 MoM. Dans le groupe des grossesses gémellaires avec  un ou deux jumeaux trisomiques 21, cette médiane était significativement plus importante que dans les grossesses gémellaires normales mais ce taux n’était au dessus du 95ème centile que dans une seule grossesse. Ces données suggèrent que la mesure de la fraction libre des bHCG plasmatique maternel n’est pas fiable dans la détection de la trisomie 21 au 1er trimestre dans les grossesses gémellaires.

Au total, si les résultats de l’ensemble de ces études biochimiques et échographiques peuvent sembler très encourageants, la situation actuelle est, en fait, devenue très préoccupante en terme de santé publique du fait du cumul de ces méthodes de dépistage. En effet, si le dépistage de la trisomie était réalisé rigoureusement, il impliquerait un taux inacceptable de caryotype. Il comporterait d’abord un dépistage échographique entre 10 et 13 SA aboutissant à environ 5% de caryotype du fait d’une hyperclarté             nucale ≥ 95ème centile, puis parmi les patientes restantes, placées dans un groupe à bas risque d'après la mesure de la clarté nucale, le dépistage biologique génèrerait également environ 5% de caryotypes supplémentaires  entre 14 et 16 SA, car les marqueurs de risque échographiques sont indépendants des marqueurs de risque biologiques. Le taux global de caryotypes induit par ce dépistage, serait donc d’au moins 10% avant 17 SA, avant l’échographie du second trimestre, qui va à nouveau générer  entre 3 et 10%  de caryotypes selon les signes d’appels retenus, si on ne tient toujours pas compte des résultats des dépistages antérieurs pour l’évaluation du risque. C’est ainsi, qu’actuellement, le taux de caryotypes est d’environ 15%, alors que la prévalence de la trisomie 21, parmi les foetus de  femmes de moins de 38 ans est seulement de 1/1000.

Comment convertir ce problème de santé publique que représente un taux inacceptable de fausses-couches induites en raison du  nombre trop élevé de caryotypes réalisées et dont les coût médicaux et financiers s’additionnent,  en un dépistage utile et rationnel ?

Tout d’abord, la priorité doit être donnée au dépistage le plus performant, tant du point de vue de la sensibilité que de la spécificité. Actuellement, c’est très probablement le dépistage échographique qui est le plus pertinent, quelque soit le moment où le dépistage biologique est réalisé.

D'autre part, la pertinence du dépistage échographique pouvant être améliorée par la biologie, la stratégie la plus logique semble être de combiner les résultats des dépistages échographiques et biologiques en une seule mesure de risque, échographie entre           11-14 SA,  calculée à l’aide d’un algorithme intégrant les paramètres: âge, clarté nucale et 1 ou 2 marqueurs sériques. Un tel algorithme permettrait, soit d'améliorer la sensibilité du dépistage, qui pourrait alors être de l’ordre de 95% pour un taux d’amniocentèses de 5%, soit, surtout de réduire le taux de faux-positifs qui devrait aussi pouvoir être ramené à environ 1% tout en conservant une sensibilité d’au moins 80%. Un tel algorithme est en maintenant disponible (The Fetal Medicine Foundation. 8 Devonshire Place. London, W1N 1PB, UK)

A plus long terme, c’est le principe même de l’algorithme qui devra seul être retenu en associant, à l’âge maternel qui reste le principal marqueur de risque, deux ou trois paramètres indépendants. Aussi longtemps que les performances de l’échographie seront supérieure à celle des marqueurs sériques, la mesure de la clarté nucale devra être le second paramètre. Un ou deux marqueurs sériques viendront affiner ce dépistage : PAPP-A et bhCG libre au cours du premier trimestre, inhibine dimérique A et bhCG libre ou le seul bcore urinaire au cours du second trimestre.

Quatre-vingt pour cent des femmes enceintes seraient prêtes à accepter le dépistage de la trisomie 21. Cependant, la multiplication des possibilités d’évaluation du risque de trisomie 21 ne doit pas conduire à une augmentation irraisonnée du nombre de caryotype foetaux, et ce d’autant que la pathologie dépistée a une  prévalence faible  parmi les femmes jeunes. Les progrès scientifiques doivent au contraire permettre au clinicien de proposer un dépistage dont la performance sera au mieux adaptée à l’âge gestationnel, en combinant les marqueurs de risque les plus pertinents pour le terme considéré.

Seule cette prise de conscience urgente peut nous permettre d’atteindre cet objectif afin que le dépistage de la trisomie 21 ne soit plus un piège iatrogène, mais un réel progrès médical.

 Conclusion

S’il ne fait aucun doute que la mesure de la clarté nucale est un test de dépistage précoce performant, et reproductible, après une formation échographique spécifique, des incertitudes demeurent néanmoins sur la pertinence précise de ce test. Seule la réalisation d’autres essais par des équipes encore différentes pourra aider à affiner les résultats à condition que les investigateurs utilisent une technique standardisée et expriment leurs résultats de façon également standardisée. Les résultats seront exprimés au mieux en multiple de la médiane ou en percentiles, et non plus en terme de seuil pathologique fixe, tel 3 mm par exemple, afin de définir une hyperclarté nucale comme une augmentation isolée de l’épaisseur de la nuque, ou qui s’intégrera  dans des syndromes malformatifs qu’ils soient ou non retrouvés dans le cadre d’une anomalie chromosomique. 

Le dépistage biochimique sérique maternel par l’association bhCG libre + AFP s’est avéré aussi performant que le dépistage échographique, à la condition de ne le réaliser qu’à partir de 14 SA. Un dépistage biochimique contemporain de l’échographie devrait associer à la bhCG libre un autre marqueur que l’AFP, mais celui-ci reste à définir  et sera probablement la PAPPA.

Si le dépistage en 2 temps, échographique puis biochimique s’est avéré sensible, il a néanmoins généré un taux trop élevé de caryotypes. Cependant, le dépistage utilisant un algorithme de calcul de risque intégrant la clarté nucale au dosage de la bhCG libre et de l’AFP ainsi que l’âge maternel permet de conserver cette excellente sensibilité tout en diminuant significativement le taux de faux positifs. L’enjeu du dépistage  est donc maintenant d’introduire en routine ce nouvel algorithme. A défaut, il faut soit accepter un taux excessif de caryotypes, soit ne réaliser qu’un seul des deux tests accepter un taux excessif de caryotypes, soit ne réaliser qu’un seul des 2 dépistages puisqu’ils semblent avoir les mêmes performances.

Toutefois, l’échographie présente l’avantage de ne pas entraîner de surcoût économique puisque le dépistage de la trisomie 21 s’intègre dans un examen déjà indispensable pour confirmer le terme et présente l’avantage de permettre le diagnostic précis de grossesse multiple ainsi que la recherche d’autres malformations de prévalence au moins égale à celle de la trisomie 21.